Voici un bref résumé de mes articles précédents : 1) Réduisez autant que possible vos dettes. 2) En prévision de la prochaine crise économique, je vous conseille de sortir des banques et des assurances la majorité de votre épargne et de vos investissements afin de les orienter vers des placements plus tangibles, plus réels. Les terrains agricoles et forestiers sont une très bonne idée. L’immobilier est envisageable dans certain cas, mais ce n’est pas le support prioritaire à avoir. Le plus important est de placer une partie de votre patrimoine dans des pièces d’ or car c’est l’assurance anti-crise par excellence. Attention, le but d’un investissement en or n’est pas de s’enrichir, mais bien de conserver la valeur de votre patrimoine entier quand les autres supports auront baissé à cause d’une crise économique. C’est un peu comme si vous souscriviez une assurance contre les incendies pour votre investissement immobilier. Si votre assurance ne vous a pas servie au cours de votre vie, vous pourrez la léguer à vos enfants afin de les protéger à leur tour.

 

La suite de ce premier article se trouve dans Sélection de pièces en or d’investissement (partie 2) et Comment acheter et stocker vos pièces d’or ? (partie 3).

(Avertissements : demandez toujours l’avis d’un professionnel en gestion de patrimoine pour savoir si mes conseils sont compatibles avec votre situation personnelle. En effet, un conseil d’investissement peut être pertinent pour une personne mais pas pour une autre. C’est pourquoi je ne peux pas vous garantir un quelconque résultat.)

 

Pourquoi l’or ?

L’or a toujours été une monnaie de refuge en cas de gros coups durs. C’est une fonction que le métal jaune rempli à merveille depuis environ 6 000 ans. Même les banques centrales des pays riches ou en développement ont un stock de lingots d’or qu’ils gardent précieusement.

L’or permet de conserver le pouvoir d’achat dans le temps, en particulier sur le très long terme. Supposons que vous deviez payer un poids Y d’or pour acheter une vache à l’époque de l’empire Romain. Alors pour acheter aujourd’hui une vache équivalente, vous devrez payer en euros une valeur équivalente à la cotation du même poids Y d’or. Vu sa rareté, l’or peut stocker beaucoup de valeur dans un petit volume. Cela permet de le transporter où on veut.

L’or a une valeur intrinsèque liée à sa rareté, reconnue dans le monde entier. Il n’est pas dépendant de la santé économique ou du bon vouloir d’un état en particulier (les monnaies papiers se déprécient toujours à la longue). De plus, il ne s’altère pas dans le temps et peut se refondre à l’infini, en plusieurs parties sécables si nécessaire. L’or est aussi très liquide comparé à l’immobilier (il se revend plus rapidement et plus facilement). C’est aussi un bien qu’on ne peut pas créer artificiellement.

 

Quelle part de mon patrimoine puis-je placer en or ?

Il n’y a pas de réponse fixe à cette question. Cela va dépendre de votre situation personnelle ainsi que de vos convictions par rapport à l’évolution du système économique dans le futur. Quand tout va bien, il est recommandé d’avoir entre 5 et 10 % de votre patrimoine en or. Comme la situation économique actuelle est très mauvaise, il est recommandé d’avoir au moins 20 % de votre patrimoine en or. Après, ce sera à vous de décider d’augmenter ce pourcentage ou pas. Personnellement, je pense que 20 % est le stricte minimum de nos jours.

 

Sous quelle forme ?

1) L’or papier

L’or dit « papier » se présente sous la forme de titres bancaires qui sont censés être adossés à de l’or physique. Vous achetez et vendez les titres sans jamais vraiment posséder le métal qui se cache derrière. On peut facilement en trouver en Bourse sous la forme de trackers, de certificats, d’options ou de contrats à terme.

Faites très attention, l’or « papier » est beaucoup manipulé en cachette par les pays riches. Il y a actuellement au moins 500 fois plus de contrats papiers que de métal physique adossé. En cas de crise grave, seul 0,2 % (1/500) des détenteurs d’or papier seront réellement indemnisés. Je vous déconseille vivement de choisir cette forme.

 

2) L’or physique

L’or physique se présente sous la forme de pièces ou de lingots. C’est la forme que je vous recommande d’acquérir. C’est elle seule qui pourra vous protéger en cas de crise grave. Petite précision sur les bijoux en or : les marges des joailliers, les taxes et les impôts liés à leur commerce font des bijoux un très mauvais placement financier.

Le cours de l’or est actuellement autour de 1 100 €/once (février 2016). Il était vers 300 €/once en l’an 2000 et a connu un maximum autour de 1 350 €/once en 2011-2012 suite à la dernière crise économique. Ce cours de 1 100 €/once peut paraître élevé par rapport au passé, mais les spécialistes disent qu’il s’agit là d’un prix plancher par rapport à la situation économique actuelle (il sera très difficile à l’or de descendre plus bas que 1 000 €/once). De plus, ce prix de 1 100 €/once leur parait dérisoire par rapport à son potentiel de hausse. Sur le moyen/long terme (d’ici 5 à 10 ans), ils envisagent un cours pouvant aller de 3 000 à 5 000 €/once si ce n’est plus, en fonction des évolutions géopolitiques et économiques.

L’or physique est actuellement assez peu cher par rapport à la situation économique désastreuse que nous connaissons. C’est donc le moment idéal pour en acheter, avant que son cours ne monte en flèche. Après, il sera déjà trop tard. Comme le dit l’adage en Bourse : « Achetez au son du canon et vendez au son du clairon ».

On parle beaucoup de l’or coté en dollars US qui n’arrête pas de baisser. Sincèrement, nous européens, on n’en a rien à faire de l’or coté en dollars car nous achetons notre propre or avec des euros. Donc nous devons nous préoccuper uniquement du cours de l’or coté en euros. De même, un russe va s’intéresser à l’or coté en roubles et un brésilien à l’or coté en réal. Vu les dévaluations récentes du rouble et du réal (fin 2015 – début 2016), les citoyens russes ou brésiliens ayant acheté par précaution de l’or physique avant cette date sont aujourd’hui beaucoup plus sereins.

 

Pièces ou lingots ?

Les lingots peuvent être facilement falsifiés (lingots en plaqué-or ou fourrés au tungstène), leur valeur est uniquement liée à leur poids en or (pas de prime comme avec les pièces), il y a la marge du fabriquant à payer en plus à l’achat, ils ne sont pas sécable (difficile à vendre en une seule fois lors d’une crise pour des achats de faibles montants) et ils sont difficiles à transporter (objets contondants / pas d’assurance par la Poste). Sauf à avoir un très gros patrimoine, les lingots ne sont pas recommandés.

 Il vaut mieux privilégier les pièces d’or. Celles-ci permettent de fractionner la valeur en plusieurs objets différents (on en vend une en cas de besoin et on garde les autres pour plus tard). Il n’y a pas de marge à payer au fabricant ou très peu, elles sont plus facilement transportables, elles sont plus difficiles à falsifier, leur valeur dépend de leur poids en or et de leur prime (surcote liée à l’offre et la demande). Elles sont facilement reconnaissables par les autres personnes et sont donc très liquides en cas de crise. Certaines pièces connues sont frappées avec des techniques complexes rendant leur falsification très difficile. C’est une sécurité supplémentaire bien venue.

 

Quels types de pièces choisir ?

1) Pièces de collection

Les pièces de collection se trouvent généralement chez un numismate. Elles sont anciennes (≥ 200 ans), rares (faible tirage) et peu connues du grand public. Ces pièces ont une prime à l’achat très élevée pouvant aller jusqu’à 600 % (vous les achetez 7 fois plus cher que leur poids en or) et même plus. Le problème, c’est qu’en cas de crise la prime a de fortes chances de chuter considérablement si vous la revendez, car la valeur perçue des collectionneurs n’est pas la même que celle des non-collectionneurs. Les pièces de collection sont un très mauvais placement anti-crise.

 

2) Pièces de circulation

Les pièces de circulation peuvent se trouver chez un numismate ou certains bureaux de change. Elles sont plus récentes (≤ 200 ans), facilement trouvables (gros tirages) et bien connues du grand public. Leur prime à l’achat est très raisonnable, entre 5 et 30 %. Elles ont un titre en or compris entre 900 ‰ et 917 ‰ (917 pour 1000), le reste étant du métal moins précieux comme du cuivre par exemple. Cela permet à ces pièces d’être plus résistantes aux chocs. En cas de besoin, elles peuvent donc être utilisées en réel, de main en main. Les pièces de circulation sont généralement petite, avec un poids de ¼ d’once ou moins (1 once troy = 31,1 grammes). Les pièces de circulation sont un bon placement anti-crise pouvant être stocké où vous voulez.

 

3) Pièces de thésaurisation

Les pièces de thésaurisation peuvent facilement se trouver chez des intermédiaires professionnels d’achat/vente d’or d’investissement. Ces pièces sont très récentes (encore frappées aujourd’hui), facilement trouvables (très gros tirages) et très connues par les investisseurs privés et professionnels. Leur prime à l’achat est faible (≤ 10 %). Elles ont un titre en or autour de 999 ‰ (999 pour 1000). Ces pièces permettent de contenir un maximum de valeur dans leur poids. En contrepartie, elles sont plus vulnérables aux chocs et peu adaptées aux diverses manipulations à main nue. Elles devront donc être stockées sous scellé et voyager le moins possible. Certaines pièces ayant un titre de 917 ‰ peuvent se classer dans les pièces de thésaurisation si leur poids est de ½ d’once ou plus. Les pièces de thésaurisation sont un très bon placement anti-crise devant être stocké en coffre.

 

4) Jetons

Les jetons ont l’aspect des pièces d’or classiques, sauf qu’elles ont été frappées soit par une société privée, soit pour un évènement commémoratif. Les pièces d’or qui nous intéressent ont eu cours légal dans leur pays d’origine par le passé ou le sont toujours aujourd’hui (voir le chapitre sur la fiscalité). Les jetons eux n’ont jamais eu cours légal. Ils ont généralement un titre en or de 999 ‰ et bénéficient aussi d’une prime. Mêmes recommandations aux jetons qu’aux pièces de thésaurisation.

 

Bien connaître la fiscalité

La fiscalité française sur l’achat et la revente des métaux précieux est très complexe. Pourtant, c’est un sujet essentiel qu’il faut prendre en compte dès le choix des pièces d’or sur lesquelles vous allez investir afin de ne pas être taxé plein pot à la revente. Informez-vous le plus possible sur la fiscalité pour ne pas vous faire avoir par certains intermédiaires qui ne respectent pas la loi en vigueur.

 

1) Achat

À l’achat, tous les métaux précieux sont soumis à la TVA. Il existe une exception à cette règle concernant « l’or d’investissement » qui lui est totalement exonéré de taxes, de TVA et de droits de douane. L’or d’investissement rentre dans le calcul de l’ISF. Sont concernés :

  • L’or sous forme de barre, de lingot, de jetons ou de plaquette d’un poids supérieur à un gramme (lingotins) et dont la pureté est égale ou supérieure à 995 ‰. Ils sont généralement émis par des fondeurs, présentés sous étui protecteur transparent et accompagnés d’un certificat d’authenticité.
  • Les pièces d’or d’une pureté égale ou supérieure à 900 ‰ frappées après 1800, ou ont eu cours légal dans leur pays d’origine, et dont la prime n’excède pas 80 % de la valeur de l’or qu’elles contiennent. Les pièces de collection ne rentre donc pas dans l’appellation « or d’investissement ».

 

2) Vente

Si vous revendez à l’intérieur de l’Union Européenne, vous devrez choisir entre deux modes de taxation :

  • Soit la taxe forfaitaire (10,5 % sur l’ensemble de la vente). Si vous revendez à un professionnel, c’est lui qui se charge automatiquement de calculer et de déduire directement la taxe forfaitaire du montant de la vente. Il est ensuite responsable des formalités vis-à-vis des impôts. En cas de revente à un particulier, c’est à vous de calculer le montant de la taxe forfaitaire et de faire une déclaration auprès de votre centre des impôts.
  • Soit le régime de droit commun des plus-values de cession des biens meubles (34,5 % sur la plus-value réalisée, justificatif d’achat à l’appui). Cette taxe est dégressive dans le temps. Au-delà de la 2ème année de détention, vous bénéficiez d’une réduction d’impôt de 5 % par an, qui peut aller jusqu’à une exonération totale au bout de 22 ans de détention.

Si vous revendez en-dehors de l’UE, seul le régime de droit commun s’applique.

 

3) Exceptions à la vente

Une pièce d’or peut avoir cours légal dans son pays d’origine, c’est-à-dire que l’État émetteur lui a donné le statut de moyen de paiement légale (identique à celui donné aux pièces et billets classiques en euros). Cette pièce est donc une devise et est considérée, fiscalement parlant, comme un bien meuble. A condition que le montant de la vente soit inférieur à 5 000 euros, la plus-value réalisée sur la vente n’est pas taxable. Si la vente est supérieure à 5 000 euros, c’est le régime de droit commun qui s’applique. Le cas des jetons est identique, mise à part que si la vente est supérieur à 5 000 euros, on a le choix entre le régime de droit commun classique ou bien une taxe forfaitaire réduite à 6,5 % au lieu de 10,5 %. Les jetons et les pièces d’or ayant cours légale dans leur pays d’origine sont les moins taxés à la vente. Ils sont donc à privilégier.

 

Quel état d’usure ?

Il est d’usage avec les pièces en métaux précieux de se référer à une échelle standard permettant d’apprécier leur état d’usure. En France, une pièce en parfait état, sans aucun défaut, est dite « Fleur de Coin » (FDC). Juste en-dessous, il y a par ordre décroissant les pièces de qualité « Splendide » (SPL), « Superbe » (SUP), « Très Très Beau » (TTB), « Très Beau » (TB), « Beau » (B) et enfin « Assez Beau » (AB). La certification de l’état d’usure de vos pièces vous permettra de les revendre à leur juste prix auprès d’un professionnel ou d’un particulier. Les états « Belle épreuve » (BE) et « Brillant universel » (BU) sont des variantes de FDC (BE est plutôt réservée pour les pièces de collection).

Les pièces d’investissement étrangères utilisent une échelle d’usure anglo-saxonne. Retenez que Proof (PRF) est équivalent à FDC, Uncirculated (UNC) est équivalent à BU, Mint state (MS) est équivalent à SPL, Extremely fine (EX) est équivalent à SUP et Very fine (VF) est équivalent à TTB.

Privilégiez l’usure SPL (MS), SUP (EX) et TTB (VF) pour les pièces qui ne sont plus frappées aujourd’hui. Elles ne subiront pas de décote à la revente. Par contre, n’achetez pas de pièces TB, B ou AB. Seules les pièces de qualité TTB ou plus bénéficient de leur prime. Les pièces de qualité TB ou moins ne valent que leur poids en or. Celles qui ont une usure supérieure à SPL auront une trop grosse prime à l’achat et se classeront plutôt comme pièces de collection.

Concernant les pièces encore frappées aujourd’hui, vous pouvez ciblez les usures FDC/BU (PRF/UNC) pour les millésimes récents car ils seront moins rares. C’est particulièrement intéressant pour les pièces ayant un titre de 999 ‰ qui peuvent s’abîmer facilement (à garder en coffre sous scellé et à manipuler le moins possible). Regardez attentivement la prime pour acheter seulement si elle est à moins de 30 %.

 

Savoir jouer avec la prime

La valeur d’une pièce d’or dépend du poids d’or réellement présent dans la pièce couplé au cours de l’or en Bourse. A cela vient s‘ajouter la prime qui est due à la rareté, à l’état d’usure, à la demande et/ou à un effet de mode. La prime sert d’effet de levier, car la pièce vaudra beaucoup plus cher que son poids en or lors d’une crise économique. Par exemple, lors de la crise de 2008, le cours de l’or en bourse avait chuté alors que la prime des pièces d’or d’investissement avait grimpée. Du coup, même avec la baisse de la valeur de leur poids en or, les pièces d’or valaient plus cher qu’avant la crise grâce à leur prime élevée. En ce qui nous concerne, il vaut mieux investir maintenant dans des pièces à faible prime pour les revendre en cas de besoin urgent lors d’une crise quand leur prime aura beaucoup augmentée. Les meilleures pièces d’or destinées à l’investissement ont actuellement une prime assez faible, souvent inférieur à 30 %. Cette prime est stable et propre à chaque modèle de pièce.

Les pièces les plus connues et les plus échangées ont un poids d’une once. C’est le poids de référence pour les pièces en métaux précieux, issue du système de mesures anglo-saxon. La plupart des pièces d’une once sont déclinées en versions plus petites pesant ½ d’once, ¼ d’once et 1/10 d’once. Il faut savoir que plus une pièce est petite, plus sa prime intrinsèque est élevée. Donc une pièce de ¼ d’once aura à l’achat une prime en % plus élevée qu’une pièce d’une once. Pour pouvoir jouer sur le différentiel de prime en cas de crise économique, il faut privilégier aujourd’hui les pièces pesant 1 once ou ½ d’once. Les autres poids sont à oublier. Sachez également qu’un type de pièce bien précis peu avoir une prime faible dans son pays d’origine et une prime plus importante dans les pays étrangers assez éloignés géographiquement (cela est moins vrai si la pièce est très demandée dans son pays d’origine).

 

La notoriété est un critère essentiel

Pour revendre une pièce, il est important que votre acheteur ait quelques connaissances de base en la matière. Une pièce de grande notoriété sera aisément reconnue par l’acheteur et vous pourrez la lui vendre facilement (bonne liquidité). Si vous achetez des pièces de thésaurisation sur le marché mondial, il est important d’en connaitre les pièces phares. Inversement, si vous achetez des pièces de circulation pour les utiliser en réel (de main en main), alors il vaut mieux privilégier les modèles les plus connus au niveau local, là où vous habiterez lors de la crise.

Une pièce ayant été frappée récemment possède une meilleure notoriété que les plus vieilles. L’idéale étant que les gens ayant vécu à l’époque où la pièce a été frappée soient encore vivants aujourd’hui. Il existe des exceptions à cette règle car certains pays sont très attachés à l’une de leurs anciennes pièces.